AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 L'assassinat de Cordélia Chase

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
a.a.k
Défendeuse officielle des C/A
Défendeuse officielle des C/A
avatar

Féminin
Age : 29
Nombre de messages : 4859
Date d'inscription : 11/05/2006


MessageSujet: L'assassinat de Cordélia Chase   Dim 31 Aoû 2008, 17:33

Un magnifique essai sur l'assassinat de Cordy par ME. Je suis pas d'accord avec *tout* ce qu'elle dit. Notamment que Cordy a pas reçu le don d'empathie de Barney et qu'elle ait choisi d'essayer la vie de star dans Anniversaire par égoïsme hein Mais ça reste une très bonne analyse du personnage, et j'adhère à 100% pour une grosse partie du reste

Le lien pour la lire en anglais (je vous le conseille si vous comprenez): http://www.jennycrusie.com/essays/cordeliachase.php

Et la traduc pour ceux qui comprennent pas (j'ai fait du mieux que j'ai pu...)

Citation :
L’Assassinat de Cordélia Chase

Ecrit par Jennifer Crusie, cet essai a été publié, à l’origine, sous le titre de “L’Assassinat de Cordélia Chase” dans le livre Cinq saisons d’Angel: Les auteurs de Science Fiction et de Fantaisie discutent de leur vampire favori. Ed. Glenn Yeffeth. BenBella Books, Oct 2004.

Comme tout bon auteur/scénariste le sait — et les scénaristes de Mutant Enemy, la compagnie qui produisait Buffy contre les vampires et Angel, étaient habituellement de très bon scénaristes — la première règle de la caractérisation est “Ne jamais violer le cœur de l’identité de son personnage.” On peut jouer sur toutes les variations de sa psychologie qu’on veut, on peut la montrer grandir et régresser, faire d’énormes erreurs et faire des grands sauts d’évolution, mais on ne peut pas violer qui elle est profondément dans son cœur. Vieilles de plusieurs siècles et sage, Darla dit à Angel, “Ce que nous étions autrefois informe sur ce que nous sommes devenus” (“1753,” A 1-15). Le choix entre honorer un personnage pour qu’il montre de la maturité et mutiler un personnage pour servir l’intrigue précise la différence entre la réaction enchantée, “Je n’arrive pas à croire qu’elle ait fait ça!” et la protestation de trahison, “Je ne crois pas qu’elle ferait ça.” Les scénaristes de ME ont déjà joué sans retenue avec des personnages (évitons de parler de “Fast Food,” B 6-12) mais ils n’ont jamais péché aussi profondément que quand ils ont détruit le personnage de Cordélia Chase.

A partir du moment où Cordélia apparaît dans “Bienvenue à Sunnydale I,” le premier épisode de Buffy contre les vampires, c’est un personnage clairement carré, souriant d’un sourire large et radieux qui camoufle la lueur calculatrice dans ses yeux. Son premier acte est de sourire de façon rayonnante à Buffy pendant qu’elle partage son livre d’histoire, une gentillesse ouverte qui camoufle la motivation cachée de Cordy: découvrir si la nouvelle fille en ville est une acolyte potentielle ou une menace potentielle pour le royaume de Cordy. Elle se met Buffy à dos en commettant le pire de tous les crimes possibles dans le Buffyverse, être cruelle envers Willow (“C’est bien que tu ais vu le côté le plus doux de Sears,” dit-elle à Willow après avoir observer sa robe), mais elle s’en fiche parce que l’opinion de Buffy n’est pas pertinent pour elle. Si Buffy ne sait pas admirer Cordélia pour ce qu’elle est, elle n’est manifestement pas digne d’être une Cordette et devra résider dans les ténèbres extérieures, loin de la galaxie sociale de Sunnydale High, un endroit que Cordy domine avec sa volonté implacable et son sourire indestructible. Cordélia n’est peut-être pas Miss Gentillesse, mais personne ne la traite jamais de faible.

Le solipsisme de Cordy pourrait facilement être confondu avec de la stupidité, mais il vient avec une fine intelligence et une stabilité de but qui la rendent presque invincible. “Je dois avoir les choses les plus chères,” dit-elle aux Cordettes, “non pas parce que ce sont les plus chères mais parce que ça coûte plus” (“Bienvenue à Sunnydale II,” B 1-2). Ca ressemble à une charmante bribe de paroles stupides, mais ce n’est pas le cas. “Cher,” comme Cordélia le sait, est subjectif: ce nouveau détergent est peut-être cher et ce diamant imparfait bon marché. “Coûte plus” est fini, mesurable, et donc accessible. Cordy doit avoir les choses qui coûtent plus que personne d’autre ne peut s’offrir, les choses qu’il est impossible pour tous les autres d’obtenir, parce que son monde tourne autour des choses mesurables et elle compte être la fille matérielle au sommet. Et puisque Cordy vit dans le monde très matériel de la société Américaine que nous occupons aussi, elle a habituellement raison: ce qui est souvent oublié dans l’outrage du commentaire sur Sears, c’est le fait que Willow donne vraiment l’impression que sa mère l’a habillée dans le rayon tu-n’auras-jamais-de-petit-ami, et que, plus tard, la démonstration de l’évolution et de la force de Willow est montrée, dans une large mesure, par son choix d’une garde-robe bien plus aventureuse. Cordy est peut-être une déesse des garces, mais elle a un cerveau calculateur, quelque chose qu’elle démontrera plus tard en réussissant brillamment ses examens.

Mais Cordy est bien plus qu’une garce maligne; sa focalisation égocentrique veut dire qu’elle est souvent la plus pragmatique du groupe. Quand elle apprend la vérité sur la Bouche de l’enfer, sa réaction est exactement ce qu’elle doit être pour la rendre utile: elle se défend, indignée que qui ou quoi que ce soit la menace, jusqu’au point de mordre un vampire qui essaye de la tirer au travers de la porte de la bibliothèque (“Le manuscrit,” B 1-12). Quand Willow et Jenny sont menacées dans une rue remplie de vampires dans “Le manuscrit,” Cordélia les sauve en les faisant monter dans sa voiture très cool et puis en les amenant à la porte de la bibliothèque, via le hall central de l’école. Même son manque de profondeur devient une force: Quand Buffy entend les pensées des autres dans “Voix Intérieures” ( B 3-18), les insécurités de la plupart des personnes montrent à quel point elles sont faibles et, à leur tour, l’affaiblissent avec leur souffrance; cependant, les pensées de Cordélia sont identiques aux choses qu’elle dit tout haut et ne font pas de mal à Buffy. Même les épreuves qu’elle affronte à la fin de sa vie à Sunnydale – la perte de son statut parce qu’elle tombe amoureuse d’Alex, la trahison d’Alex (avec Willow dans une robe noire sexy), sa chute dans la pauvreté parce que son père est attrapé par les huissiers des impôts – ne peuvent la faire abandonner de poursuivre ce qu’elle pense qu’elle mérite. A la fin de son temps dans Buffy, elle est plus forte, elle est plus sage et elle sait comment utiliser un lance-flamme, mais elle est toujours une beauté égocentrique avec une intelligence flamboyante, un esprit pratique et un œil vif pour ce qui rapporte. En résumé, elle est toujours Cordy.

Ca signifie qu’elle a parfaitement sa place dans le Los Angeles égoïste et superficiel, donc c’est superbement sensé que ME l’envoi là-bas pour poursuivre une carrière d’actrice dans le monde sombre d’Angel. L.A. est l’épreuve de feu de Cordy: Comme nombres d’actrices “wannabee”, Cordélia était peut-être la plus belle fille dans sa ville natale, mais elle fait partie du lot maintenant. Entourée par d’autres femmes magnifiques, certaines ayant même du talent et de l’entraînement, Cordy est réduite à vivre dans un taudis infesté de cafards et à voler le dîner du lendemain dans les buffets des soirées. Quand elle atteint finalement le fond et qu’elle accepte de voir un célèbre producteur dans sa maison, elle projette clairement, même si à contrecoeur, de négocier son corps pour sa carrière, son but aussi déterminé que jamais. Mais même au milieu de sa détresse par rapport à ce qu’elle va faire, elle est assez maligne pour remarquer un défaut de décoration clé: pas de miroirs. Son accusation exaspérée, “Vous êtes un vampire!” ralenti momentanément son prédateur, qui est habitué à l’incrédulité pas à la contrariété, mais elle tente quand même de fuir quand Angel arrive pour la sauver (“Bienvenue à Los Angeles,” A 1-1).

D’autres femmes seraient reconnaissantes, et Cordy l’est, mais ses yeux, comme toujours, sont sur ce qui rapporte. Angel est déprimé, évidemment, et aide les gens, évidemment, mais comment paye-t-il le loyer? Plus important, comment peut-il l’aider à payer son loyer? Dans un meilleur appartement? Avec de meilleurs vêtements? Avant qu’Angel n’ait le temps de protester, Cordy imprime des cartes de visites et fait de la publicité et, ce n’est pas une broutille, génère un réel revenu pour lui. Angel est peut-être le Héros Romantique, sauvant spirituellement et littéralement les autres, mais Cordy est complètement dans son rôle en tant qu’Héroïne informée, s’assurant que les factures soient payées et que l’électricité reste toujours en place. Elle établi Angel de la même façon que son personnage établi Angel, en les empêchant tous les deux de s’étrangler sur ses ténèbres et sa noblesse. La partie élégante de cette initiative narrative est qu’en sauvant Angel, Cordy se sauve elle-même, découvrant qu’elle est plus qu’un beau visage, un corps sexy et un sens fou de la mode. L.A. l’a presque détruite en la faisant douter de la seule chose qu’elle a – elle-même -- mais Angel et l’occulte le lui rende, d’une manière plus éclatante dans l’épisode, “L’appartement de Cordélia” (A 1-5). Le fantôme vicieux de Maude Pierson, hantant l’appartement où elle a emmuré son fils vivant, pousse presque Cordy à se pendre en lui disant qu’elle n’est personne, en frappant dans la seule croyance qui détruirait le cœur de son identité. Mais ensuite le fantôme va trop loin, en traitant Cordy de “petite garce,” lui rappelant qui elle est, la Déesse des Garces de Sunnydale venue conquérir L.A. Quand Cordy se lève en disant, “C’est vrai, je suis une garce,” le fantôme est cuit, et Cordy est de retour – plus triste, plus intelligente, plus sombre et plus humaine, mais absolument Cordy, l’évolution naturelle de la Reine de Sunnydale, devenue de la chair mature et implacable dans le Sodome hanté du Pacifique.

Les scénaristes de Mutant Enemy ont continué de tester son personnage, la poussant dans ses retranchements avec de brillantes initiatives narratives. Ils ont d’abord envoyé le visionnaire Doyle pour être le troisième du triumvirat d’Angel, et même si Cordy le rejette au début, en disant “Je préférerais mourir plutôt que de ressortir avec un combinard [comme Alex],” elle apprend à l’apprécier après qu’il la sauve d’un démon alors que son petit ami fortuné s’enfuit, la forçant à réaliser avec dégoût que “Soudain, un garçon riche et beau, c'est plus assez pour moi. J'attends qu'on me protège, et qu'en plus on soit brave et intéressant.” (“Enterrement de vie de démon,” A 1-7). Sa première approche vers lui — “Peut-être que ton quotient intellectuel est supérieur à zéro, au fond.”— est vite interrompue par le sacrifice de sa vie, un sacrifice dans lequel il l’entraîne en lui transférant son cadeau prophétique durant un baiser d’adieu. Sa mort la change, pas juste parce qu’elle est maintenant coincée avec des visions atroces, mais aussi parce qu’elle l’aimait réellement et, étonnement pour Cordy, pleure sa mort, regardant la terrible publicité vidéo qu’il a faite pour elle avec une intensité et un regret qui font réfléchir, se retrouvant avec un nouveau degré d’humanité.

Mais sa profondeur nouvellement trouvée ne signifie pas qu’elle accepte les visions. Cordy est toujours Cordy, et le but de sa vie est toujours d’aider Cordy, pas une troupe de personnes sales qui se pointent en hurlant dans sa tête. Elle fait de son mieux pour passer les visions, en embrassant tous ceux qui la croisent — “Je m'en fiche, je veux m'en débarrasser. Et si c'est en embrassant que je peux le faire, je t'assure que je vais embrasser tous les crapauds vivants de ce royaume” — parce que, comme elle le déclare, elle n’a rien à expier. Son dernier baiser est avec Barney, le démon empathique, qui lit dans son esprit et plante un couteau dans son âme, le deuxième test que lui envoient les scénaristes. Il lui dit qu’elle sait qu’elle a des choses à expier, qu’elle sait qu’elle est égocentrique et pleine de regrets et, le coup le plus bas, qu’elle est pleinement consciente que c’est une très mauvaise actrice: “Vous le sentez,” lui dit-il. “Tout votre être me le murmure à l’instant même.” Quand Cordy se défend, en disant, “Vous ne savez absolument rien de moi ni de Doyle,” il dit, “Je sais que vous l’avez laissé mourir.” Que ça soit vrai ou non, ça semble vrai et, quand Barney ajoute, “Si seulement pendant une fichue seconde, vous vous étiez préoccupé de quelqu'un d'autre que de vous-même,” il condamne la source de sa force, frappant au cœur même de ce qu’elle est (“Cadeau d’adieu,” A 1-10). Cordy, évidemment, n’abandonne pas, poussant une salle de vente aux enchères remplies de démons collectionneurs à surenchérir pour les yeux visionnaires qu’ils projettent de lui arracher de la tête en vantant ses vertus réelles et imaginaires dans une scène qui est l’incarnation de tout ce qu’est Cordélia. La fin de l’épisode est une bénédiction mitigée: Barney semble donner de l’empathie à Cordélia en mourrant, un attribut qui est aussi toxique que la Kryptonite pour son personnage, mais Cordy a aussi affronter ses démons intérieurs — avec l’aide d’un démon extérieur — et a survécu, gagnant encore plus de connaissance d’elle-même et entrant dans l’âge adulte.

Et elle a gagné quelque chose d’autre aussi. Angel la sauve à nouveau, la seule constante dans sa vie maintenant, et il la ramène dans son appartement en sous-sol où il lui prépare le petit déjeuner. Comme elle le dit au nouveau troisième partenaire, Wesley, alors qu’ils l’invitent à table, le petit déjeuner est “Un des plaisirs de ce boulot. Après une dure nuit de lutte contre le mal, on a des œufs.” (“Cadeau d’adieu,” A 1-10). L’empathie avec laquelle Barney la maudite fait qu’elle peut se connecter avec les autres sans perdre son intérêt personnel basique et sa méfiance envers l’humanité – sans perdre, en résumé, le cœur de son identité. Comme elle l’explique dans la dernière scène de “Grossesse express” (A1-12), quand elle fait face à un Angel et un Wesley inquiets, le lendemain de son épreuve:

Cordélia: Et j'ai appris que tous les hommes sont mauvais. Oh non, ça je le savais. J'ai appris que Los Angeles est une ville d'égoïstes et de frimeurs. Ah non, ça je le savais aussi. Le sexe, c'est mal ?
Angel: On le sait tous.
Cordélia: D'accord. J'ai appris que j'ai deux très bons amis en qui j’ai une confiance absolue. Et ça c’est nouveau.



Dernière édition par a.a.k le Dim 31 Aoû 2008, 17:36, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://cangelbestlovers.positifforum.com
a.a.k
Défendeuse officielle des C/A
Défendeuse officielle des C/A
avatar

Féminin
Age : 29
Nombre de messages : 4859
Date d'inscription : 11/05/2006


MessageSujet: Re: L'assassinat de Cordélia Chase   Dim 31 Aoû 2008, 17:35

Citation :
C’est également clair que Cordélia n’est pas la seule à percevoir sa communauté. C’est vers elle qu’Angel se tourne avec sa plus grande peur, qu’il se retransforme en Angélus. Quand il lui demande, “Si jamais ça m'arrivait,” Cordélia dit rapidement, “Oh t'inquiète pas, j'te tuerais,” et il la remercie, sachant pertinemment bien qu’elle le fera, qu’il peut compter sur son pragmatisme éclairé pour le tuer sans broncher. C’est l’un de ces nombreux échanges qui cimentent une relation extrêmement improbable, quelque chose qu’Angel reconnaît dans “Grossesse express,” quand un ami de Cordy dit, “Vous êtes le petit copain ?” et qu’il répond, “Non. J'suis de la famille.”

C’aurait été tellement facile pour les scénaristes de Mutant Enemy de déraper à partir de là, de faire d’Angel et Cordélia des amoureux, de faire de Cordélia une bienfaitrice, même de rendre Cordélia moins égoïste, mais ils sont restés fidèles à son personnage: Cordélia est peut-être empathique, elle s’est peut-être attachée avec une vraie émotion à un homme qui ne peut pas lui offrir de diamants, mais elle est toujours Cordélia Chase. Ou, comme elle le résume dans “Guerre des sexes”: “Ben c'est super, maintenant on est une vraie - tu diminues mon salaire ? - équipe.” L’empathie et les visions que des scénaristes moins bons auraient pu transformer en Une Expérience Très Spéciale d’Evolution Mature, continuent d’être une contrariété, comme Cordélia se plaint, “Je ne fais pas que voir, je ressens, d’accord?” ajoutant, “Je déteste ce truc” (“Guerre des sexes,” A 1-13).

C’était l’équilibre parfait d’égocentrisme et de responsabilité, mais ça ne pouvait pas durer parce que l’histoire, comme la vie, est fluide. Tandis que la relation de Cordélia avec Angel se renforce et que sa vie devient plus riche, les visions deviennent plus violentes jusqu’à ce qu’elles la tuent littéralement. Quand Skip, le démon envoyé par les Puissances Supérieures, lui offre le choix de deux futurs, l’un de devenir à moitié démon pour qu’elle puisse rester avec Angel et continuer à aider les autres, et l’autre de devenir la Mary Tyler Moore du vingt-et-unième siècle, Cordy choisi d’être Mary et laisse les autres moisir pendant qu’elle prend plaisir au succès. Mais comme la plupart des choix offerts par les Puissances, il revient en arrière, et quand elle est menée, à nouveau, jusqu’à Angel, devenu fou à cause des visions, elle l’embrasse et les reprend. Parce que c’est Angel, et qu’elle l’aime, et parce que, à un niveau plus profond, elle ne peut pas supporter la culpabilité qu’omettre de sauver un autre homme qui l’aime provoquera en elle (“Anniversaire,” A 3-11). Ce n’est pas Cordélia la Sainte, c’est Cordélia la Pragmatique, risquer une queue de démon pour retourner là où elle a quelqu’un en qui elle a une confiance absolue. C’est à la fois la bonne chose à faire pour les autres et la bonne chose à faire pour elle, et Cordy a besoin des deux comme motivation maintenant. Elle reste, se rapprochant encore plus d’Angel, acceptant son fils comme si c’était le sien et reconnaissant enfin son attirance pour lui ce qui, complètement « in character », vient longtemps après qu’il ait avoué son attirance pour elle. Son bref flirt avec Groo, la simple caricature d’Angel qui l’aime de la façon dont Angel aimera toujours Buffy, n’est pas assez pour la Cordy intérieure qui, maintenant, comme toujours, n’accepte pas de substituts moins chers. Et donc, inévitablement, elle invite Angel à la rencontrer sur la plage pour consumer leur relation.

C’est à partir de là que les scénaristes de ME ont clairement perdu l’esprit.

Sur une autoroute bondée, le temps s’arrête, une lumière bleue descend et les Puissances Supérieures invitent Cordy à monter pour devenir un Etre Supérieur. Et Cordy, dans l’une des scènes les plus mauvaises de l’histoire de Mutant Enemy (et je compati profondément avec Charisma Carpenter d’avoir dû la jouer), accepte sans trop de protestations (“Je sais que c’est juste. Je sais que tout se passera bien”), en mettant de côté le fait qu’elle était sur le point de coucher de façon cosmique avec un héros surnaturel, sans même demander d’abord s’il y aura des boîtes en velours et de belles chaussures au Paradis (“Demain,” A 3-22). La Fille Matérielle, même après un magnifique éveil spirituel, ne va nulle part où elle ne pourra faire du shopping, mais Cordélia a sauté sur l’occasion tandis que des milliers de téléspectateurs fronçaient les sourcils devant l’écran en disant, “Je ne crois pas qu’elle ferait ça. Ca doit être une blague,” et attendaient, en vain, la réplique mordante.

A partir de là, les choses n’ont fait qu’empirer. Cordy est revenue habillée comme Elvira Reine de la Nuit et a couché avec Connor, le fils maussade d’Angel. (Un bon sujet pour un autre essai: Pourquoi est-ce que les Gentilles Filles Devenues Méchantes de l’univers de Whedon – La Méchante Willow, Buffy de Cleveland, Cordélia le Maître de la Bête, et Fred Bleue – portent toujours trop d’eyeliner et s’habillent comme des dominatrices? Où est le sous-entendu, l’humour, la subtilité?) Que Cordy revienne avec un mauvais sens de la mode était une véritable trahison; qu’elle revienne cocufier Angel avec un garçon qu’elle considérait comme son fils était simplement dégoûtant. Le peu d’espoir que j’avais pour que l’Ascension de Cordélia soit une mauvaise erreur qui pourrait être oubliée, a disparu quand elle roulait dans les draps avec Connor pendant qu’Angel regardait d’un toit voisin (“Le déluge de feu,” A4-7). J’ai été une fervente fan de Whedon dès le début, mais j’ai presque arrêté de regarder la série à ce moment-là, convaincue que Mutant Enemy avait été dévoré par des démons, probablement déguiser en vice présidents de la chaîne. J’ai à nouveau regardé et ai été ravie par “L’éveil,” un épisode ‘Je t’ai bien eu’ parfaitement exécuté, mais ce n’était pas assez pour équilibrer ce que les scénaristes avaient fait à Cordélia, et ça s’est encore empiré quand les scénaristes ont montré ce qu’ils pensaient clairement être leur carte gagnante: L’outrage Cordélia-et-Connor était aussi un ‘Je t’ai bien eu’.

Ici, il est nécessaire de discuter des bons et des mauvais ‘Je t’ai bien eu’ pour comprendre la profondeur, la largeur et la grandeur de l’erreur de Mutant Enemy. Le ‘Je t’ai bien eu’ est un tour que les scénaristes jouent aux lecteurs et au (télé)spectateurs et c’est une initiative très dangereuse. Ce qui rend surtout la lecture ou le programme agréable c’est la compréhension que le lecteur ou l’audience est entre des mains en qui on peut avoir confiance, que les scénaristes ne vont pas leur mentir, les faire se sentir stupides, ou leur faire défaut de quelque façon. Donc une histoire qui s’appuie sur le fait de berner le lecteur marche sur une corde très raide. Les lecteurs veulent être surpris; ils ne veulent pas être trahis. Le brio du ‘Je t’ai bien eu’ dans “L’éveil” reposent sur deux choses importantes: Il y a pleins d’indices montrant ce qu’il se passe vraiment, et le ‘Je bien t’ai eu’ est révélé à la fin de l’épisode.

“L’éveil” commence avec la tentative de transformer Angel en Angélus pour obtenir des informations que seul le démon détient. La manière infaillible pour y arriver est de donner à Angel un moment de bonheur parfait en faisant l’amour à une femme qu’il aime, et puisque Buffy est à Sunnydale et rejetterait probablement l’idée de coucher avec Angel pour ramener le pire tueur en série de toute l’histoire, ils se tournent vers un shaman qui essaye d’endormir profondément Angel. Mais Angel le désarme — le shaman est maléfique, évidemment — et révèle des écritures secrètes tatouées sur le torse du shaman (des choses plus bizarres se sont déjà passées dans l’univers de Whedon) ce qui les amène à la recherche d’une épée pour tuer la Bête (un peu trop standard pour ME mais toujours possible dans ses limites), qui les mène dans un labyrinthe du style Les-aventuriers-de-l’arche-perdue (trop forcé, mais j’y ai quand même cru) puis à l’épée que Connor laisse à Angel, en l’appelant Papa et se réconciliant avec lui assez longtemps pour tuer la Bête ensemble (oh, tu veux rire) et finissant avec toute l’équipe d’Angel réconciliée et heureuse, et Cordy qui dit à Angel qu’elle l’a toujours aimé plus que l’autre et qui se donne à lui, moment à partir duquel j’ai mugi et dit, “C’est quoi ça, le fantasme d’Angel?” ce qui, nom de Dieu, était bien le cas. C’était ça, le shaman avait provoqué ce rêve chez Angel pour qu’il puisse atteindre son moment de bonheur parfait — la réconciliation de ses amis, l’amour de son fils et Cordy dans son lit — et par conséquent, se transformer en Angélus. C’était l’un des ‘Je t’ai bien eu’ les plus parfaits que j’ai jamais vu, le genre qui gagne mes plus grandes louanges: “Pourquoi est-ce que je ne sais pas écrire comme ça?”

Pourquoi était-il si bon? Parce que la première fois où j’ai pensé, Oh, tu veux rire, aurait dû me mettre la puce à l’oreille que ces choses n’étaient pas réelles, aurait dû me souffler de rassembler ce que je savais de l’univers de Whedon et comprendre exactement ce qu’il se passait. Les indices étaient tous là, c’est pour ça que c’était un réel plaisir de se faire avoir; ils avaient joué de façon honnête. Plus important, ils n’avaient pas détruit de personnage pour obtenir leur effet. En fait, ils ont repoussé les limites au-delà du point de rupture, mais Angel était toujours intrinsèquement Angel et Cordy toujours intrinsèquement Cordy; comme des sujets hypnotisés, ils faisaient peut-être des choses qu’ils n’auraient peut-être pas choisi de faire, mais ils ne faisaient pas des choses que leurs personnages ne pourraient pas faire. Aucun dégât n’a été fait à aucun des personnages dans la réalisation du ‘Je t’ai bien eu’ de “L’éveil”, donc on a tous pu retourner à la réalité de la saison sans souvenirs endommageants et avec, en fait, une bien meilleure compréhension d’Angel, qui a des fantasmes des Aventuriers.

Cependant, le ‘Je t’ai bien eu’ de la Cordy-Maître-de-la-Bête était l’un des pires ‘Je t’ai bien eu’ possibles. Il a empilé l’inconsistance sur l’obscénité, il a dégoûté le téléspectateur et il a détruit le personnage de Cordy et la confiance du téléspectateur, tout ça sans donner un seul indice qu’il se passait quelque chose. Pour utiliser le truc du mystère d’Agatha Christie, il n’a pas joué de façon honnête avec le téléspectateur. Ce qui veut dire que quand, dix semaines plus tard, on nous révélait que la Chose dans le Bustier Noir n’était pas Cordy, c’était trop tard. Le Maître de la Bête avait passé trop de temps, dans nos esprits, comme la vraie Cordy, on avait passé trop de répugnance honnête à déprécier son personnage, pour retourner à la Cordélia qu’on aimait autrefois. Ce n’est pas qu’elle ait tué Lila; la vraie Cordy aurait pu le faire dans l’urgence. C’est qu’elle a trahi l’homme en qui elle a confiance par-dessus tout et qui a une confiance absolue en elle; c’est qu’elle a séduit un garçon à qui elle mettait des langes autrefois, c’est qu’elle s’habille comme une Drag Queen et parle comme une rejetée de Dynastie. C’est qu’elle n’est pas Cordy, et ce qui aurait pu être amusant à regarder si on avait été mis dans le secret avant que le Maître de la Bête ne séduise Connor, devient le viol prolongé et la mort d’un personnage bien-aimé.

Le résultat d’un mauvais ‘Je t’ai bien eu’ est dévastateur pour l’histoire: J’étais en colère contre les scénaristes pour ce qu’ils avaient fait à Cordélia, et ça peut pousser à suspendre la croyance qui est vitale à la survie de n’importe quel monde imaginaire. La révélation bien trop tard que ce n’était pas Cordélia n’a fait attiser ma colère. On m’avait fait tourné en rond, je m’étais faite avoir de la pire des façons, et la présence continue du visage et du corps de Cordy dans la série était une violation continue. Mettre Cordy dans le coma était la meilleure chose qu’ils auraient pu faire, mais ça n’a pas rattraper la trahison de la confiance, et je ne suis vraiment retournée dans cet univers en tant que croyante que lorsque les scénaristes ont ressuscité la vraie Cordy dans l’épisode “Le retour de Cordélia” dans la cinquième saison (A 5-12).

“Le retour de Cordélia” est un épisode sur la perte, pas seulement celle d’Angel, mais celle des spectateurs. Cordélia se réveille, aussi égocentrique que jamais, tenant toujours profondément à Angel, prenant un dernier baiser à la fin parce qu’elle en a envie et parce que, oh, ouais, il faut faire passer ces visions. Elle dit à Harmony de torturer Eve (et disons-le, Harmony n’était pas la seule à espérer qu’Eve essaie de s’échapper, pour qu’elle meure), elle fait toujours de l’agitation fâchée quand elle est confrontée à la technologie occulte et elle dit toujours la vérité de façon brusque mais franche; elle est, en fait, à nouveau notre Cordy. Sa fin tragique ne déprécie en rien son retour parce que les scénaristes ont joué de façon honnête, présageant le ‘Je t’ai bien eu’ à venir. Cordy est dans une chambre privée, mais elle montre un corps dans lit à moitié caché par une tenture, et dit, “Cette fille est dans un sale état.” Elle regarde vidéo de Doyle et dit, “Le premier soldat à terre,” insinuant qu’il y en a un deuxième. Elle dit à Angel que Doyle “a utilisé son dernier souffle pour s'assurer que tu continuerais le combat. Je comprends maintenant.” Et à la fin elle lui dit, “Je ne peux pas rester. Ce n'est plus moi… Je suis sur une route différente.” Toutes ces initiatives n’ont pas seulement empêcher le ‘Je t’ai bien eu’ de couper l’impact émotionnel de l’histoire, elles ont renforcé le personnage: C’est ce que Cordélia aurait fait. Avec ce respect du cœur de son identité, Cordy fini comme la vrai “chose”, le personnage qui a mûri en une femme croyable durant huit ans d’histoires, qui agit « in character » et, pourtant, surprends tout le monde avec un dernier ‘Je t’ai bien eu’ honnête. Je suis reconnaissante envers Mutant Enemy d’avoir donner à Cordélia un bon ‘Je t’ai bien eu’, mais je suis encore plus reconnaissante qu’ils lui aient donné une bonne mort, une mort qui honore son personnage.

Regarder les vieux épisodes d’Angel pour cet essai m’a rappelé à quel point rester fidèle au personnage est important pour n’importe quelle histoire, mais surtout pour les histoires épisodiques qui enjambent les années. L’évolution du personnage de Cordélia Chase a été exemplaire pendant six ans, la création d’un personnage imparfait, complexe, égoïste qui était en même temps admirable et adorable. Elle a évolué et changé mais elle n’a jamais été rien d’autre que Cordélia Chase jusqu’à ce que les scénaristes soient corrompus par la Bête et la trahissent, elle et les téléspectateurs qui l’aimaient. Comme récit édifiant, l’Assassinat du Personnage de Cordélia Chase est tragiquement inappréciable. Comme personnage vraiment, vraiment grandiose, Cordélia est sincérement pleurée.
Revenir en haut Aller en bas
http://cangelbestlovers.positifforum.com
Cyrius
♦♦ Le Serial Floodeur ♦♦
♦ Biscuit de la mort ♦
♦♦ Le Serial Floodeur ♦♦  ♦ Biscuit de la mort ♦
avatar

Masculin
Age : 33
Nombre de messages : 17294
Date d'inscription : 09/12/2005


MessageSujet: Re: L'assassinat de Cordélia Chase   Dim 31 Aoû 2008, 18:10

C'est très vrai tout ça !!! Ils ont détruit Cordy bêtement !! pleure

_________________

Papa des quatre plus belles petites filles du monde sourire

Revenir en haut Aller en bas
Greg
Drusillesquement Fan
Drusillesquement Fan


Masculin
Age : 23
Nombre de messages : 10396
Date d'inscription : 11/04/2009


MessageSujet: Re: L'assassinat de Cordélia Chase   Jeu 22 Oct 2009, 12:40

Whaouhh je viens de tout lire,épuisant! Mais passionnant,c'est vrai que c'est triste et je me sens coupable de tant apprécié la saison 4 d'Angel mais personnellemen j'arrive très bien à me dire que c'est pas elle,même si je croyais aussi. Et je comprendres que ce "je t'ai eu" n'est pas honnête dans le sens où l'on nous fais croire trop longtemps que c'est notre Cordy. Mais bon,elle aura eu quand même une belle évolution et une belle mort dans la saison 5.

Pour la scène de Demain je suis daccord je la trouve assez ridicule et Cordelia qui accepte tout de suite hein
Revenir en haut Aller en bas
Nesva
# P'tit détective #
Faith-Kennedy Fan
# P'tit détective #Faith-Kennedy Fan
avatar

Féminin
Age : 29
Nombre de messages : 21033
Date d'inscription : 28/11/2007


MessageSujet: Re: L'assassinat de Cordélia Chase   Mar 15 Fév 2011, 22:50

Hé ben , j'avais déja vu ce sujet , mais il était tellement long que je n'avais jamais pris le temps de tout le lire , mais la c'est fait , et je dois dire que c'est super ce que tu as écrit. Et c'est vrai ce que tu dis , j'approuve aussi totalement . Super travail que tu as fait , j'en aurais été incapable .

merci bcp pour nous avoir fait partagé cela sourire

_________________



Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
http://video.google.com/videoplay?docid=4093730216074063220#
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: L'assassinat de Cordélia Chase   

Revenir en haut Aller en bas
 
L'assassinat de Cordélia Chase
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'assassinat de Cordélia Chase
» Cordelia Chase
» Cordelia Chase
» Episode 9 - Meilleurs voeux de Cordélia
» Les ides de Mars: l'Assassinat de César

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Buffy Is Not Dead :: Angel the Series :: Angel Investigations :: Gros plan sur...-
Sauter vers: